ÉDITORIAL DE L'AUTEUR 20/04/2002
DÉFI À L’UNION EUROPÉENNE (1)


Un autre monde est possible

Conseil Européen de Barcelone

Il s’agit d’un défi public et globalisé. C’est également le sous-titre de l’édition de 1999 de mon livre LA TROISIÈME VOIE, dont j’ai envoyé, depuis sa publication, plus de 500 exemplaires répartis entre la Commission et le Parlement européen. J’ai reçu des accusés de réception peu nombreux et concis, le reste des destinataires oubliant la courtoisie de circonstance. Une lettre spéciale de M. Romano Prodi, où celui-ci me dit : “Je vous remercie beaucoup de vous être souvenu de moi en m’envoyant votre livre “La troisième voie. Défi à l’Union européenne”. Les contributions au débat sur la façon d’obtenir le plein emploi et de stimuler l’économie sont toujours appréciées. “
M. Pedro Solbes, Commissaire aux Affaires économiques et monétaires, a répondu à ma lettre – qui accompagnait le livre – par un accusé de réception de la part d’un tel Luis Planas, membre de son équipe, je présume.

Je garde la preuve des livres distribués sous la forme d’une collection limitée de signatures autographes des présidents et hauts responsables de différentes instances, gouvernements, syndicats, partis politiques, banques, ainsi que de parlementaires.

Je reviendrai plus tard sur le sens de mon défi.

Il n’y a aucun doute sur le fait qu’un autre monde est possible. J’approuve la fin, mais je suis en désaccord avec les moyens utilisés pour y parvenir. La fin consiste à combattre la pauvreté et défendre le droit à une vie digne. Les moyens employés commencent par des protestations, certaines spontanées, d’autres organisées, toutes deux insuffisantes si l’on cherche à réaliser des changements dans l’économie. La protestation, si elle n’est pas accompagnée de solutions alternatives, reste sans effet. Quel doute peut-il y avoir sur la possibilité d’un monde meilleur où l’être humain, loin d’espérer devenir riche, prétende seulement couvrir l’ensemble de ses besoins, former une famille et ne pas vivre dans l’angoisse de la subsistance ! Nous sommes tous égaux devant la conscience mondiale, nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs, sans aucun type de discrimination. Diviser l’humanité entre les immensément riches et les extrêmement pauvres, que ce soit à l’échelle des individus ou des nations, constitue une iniquité. Il est également inacceptable que les dirigeants temporaires qui aujourd’hui se croient indispensables et qui demain, ayant perdu la faveur des urnes ou de leur propre parti, seront candidats à l’oubli, s’acharnent autant à consolider leurs positions personnelles pour exalter leur ego, sans que cela leur importe d’ignorer des initiatives qui peuvent faciliter la lutte contre la pauvreté. Ceux-là auront des comptes à rendre à la postérité.

Cet éditorial est l’avant-dernier, divisé en deux parties. J’utiliserai le dernier pour des remerciements, en réponse à l’adoption de mes suggestions en vue d’instaurer un nouvel ordre économique fondé sur le travail. J’espère pouvoir l’écrire un jour.

J’accompagne cet éditorial de deux tableaux allégoriques, l’un, dans cette première partie, symbolise les forces actuelles qui gouvernent le monde. Au centre de la comédie se trouve un pauvre hère, dépouillé, symbole de la pauvreté, qui n’a pas même de quoi se couvrir le derrière. À sa gauche, la conscience religieuse universelle qui, avec bienveillance, lui conseille de bien se conduire. À sa droite, la gardien des valeurs traditionnelles, dans une attitude d’ordre et de commandement, lui rappelle qu’on ne joue pas avec son pouvoir. À la gauche du pauvre hère, au deuxième plan, la cruauté du pouvoir économique, à découvert, égoïste, attentif aux changements, scrutant l’horizon à la recherche du prochain endroit où frapper pour accroître ses richesses, se raillant du temple du fond, signe d’une fin inexorable pour tous, étant sûr du maintien de son pouvoir.

Naturellement, on pourrait très bien avoir la figure vaincue d’un pauvre fonctionnaire qui prend l’air, innocent naufragé perdu dans la multitude des concepts et des mots qu’il ne parvient pas à digérer en même temps, tels que directives, rapports, paquets de mesures, recommandations, propositions, processus, considérants, avis, croissance, opportunités, lignes directrices, objectifs, stratégies, politiques de tel ou tel type, esprit d’entreprise, coordinations, actes, mesures et même, pourquoi pas, tous les synonymes, antonymes ou contraires qui leurs correspondent, sans oublier les objectifs horizontaux, l’une des inventions phares du lexique de l’Union Européenne.

Je laisserai à la libre interprétation de chacun le sens du tableau qui introduit la deuxième partie de l’éditorial.

Commentaires sur les Conclusions de la Présidence du récent Conseil Européen de Barcelone, tenu les 15 et 16 mars 2002.

Il est évident que les acteurs de premier rang, les présentateurs de résultats, considèrent comme un grand succès le fait de réussir à fixer des délais et à établir des politiques ambitieuses d’assouplissement des marchés de l’énergie, des capitaux et du travail, ce qui permettra, soi-disant, d’éliminer les rigidités et d’avancer vers le plein emploi. Objectif : créer 20 millions de postes de travail pour l’an 2010, à condition que les Quinze soient capables de mettre en pratique les politiques adoptées. Des promesses de résultats concrets concernant la mobilité professionnelle, des affirmations selon lesquelles “la libéralisation ne va pas à l’encontre de la justice sociale”. Cependant, Tony Blair surprend lorsqu’il déclare : :”Il semble que les gens espèrent que nous mettions sur la table des propositions concrètes, et non seulement des déclarations d’intention”. D’où ma question : les résultats ne sont-ils pas préférables aux promesses ?

Ces opinions déconcertantes étant vues, il est sage de recourir aux documents de l’Union Européenne relatifs aux Conclusions de la Présidence du Conseil Européen de Barcelone, afin de vérifier si les excellents résultats obtenus ne sont que des déclarations d’intention.

Document nº SN 100/02 ADD 1 ES de l’Union Européenne présentant les

Conclusions du Conseil Européen de Barcelone
15 et 16 mars 2002

Sans aucun doute, les conclusions constituent, dans l’ensemble, un exposé des objectifs futurs, à moyen et à long terme.
En ce qui concerne l’euro, le document affirme avec orgueil “ce que l’Union européenne est capable de réaliser dès lors que la volonté politique est présente”, pour préciser plus loin que “cette même volonté politique doit être mobilisée en vue d’atteindre les objectifs économiques et sociaux que l’Union s’est fixés”.

J’ajouterai que le manque de volonté politique est un frein au développement car elle met en évidence la primauté des intérêts nationaux et le fait que les stratégies intéressées des partis politiques s’imposent. Il convient également de souligner, comme facteur négatif, la prépotence des personnalités élevées en première ligne, qui ne savent pas écouter. Elles trouvent leur seule délectation dans les modulations de leur voix, lorsqu’elles parlent, quand bien même elles ne disent rien.

Il est recommandé de poursuivre l’effort de l’UE en vue d’encourager la stratégie à long terme : coordonner les politiques économiques, avec de solides finances publiques et des budgets proches de l’équilibre ou excédentaires, au plus tard pour 2004 ; continuer à étudier la viabilité à long terme des finances publiques, devant le défi budgétaire que suppose le vieillissement de la population. (Aucune proposition, uniquement des recommandations.)

Dans ce contexte, “le document s’appuie sur des questions clé, la base de directives générales en matière de politique économique qui définissent les principaux défis économiques et proposent des mesures concrètes pour y répondre.”

En rapport avec le développement durable, nous pouvons lire la déclaration de principes suivante : “La croissance aujourd’hui ne doit en aucun cas compromettre les possibilités de croissance pour les générations futures” ; puis : “La stratégie de développement durable implique d’assurer la cohérence entre les différentes politiques et les objectifs à long terme de l’Union.”
Une question indiscrète : où est la planification concrète pour créer les 20 millions d’emplois d’ici l’an 2010 ?

Dans les Conclusions de la Présidence, il est déclaré que l’esprit d’entreprise et le fonctionnement correct du marché intérieur constituent la clé de la croissance et de la création d’emploi. La Commission présentera (au futur) un Livre vert sur l’esprit d’entreprise en 2003, sans discriminer les petites et les moyennes entreprises, avec la nécessité particulière de réduire la charge administrative des PME (mais aucune initiative n’est proposée pour encourager et stimuler la création, le financement et le développement de nouvelles PME.)

Le Conseil de la Commission Européenne propose :”Des objectifs horizontaux pour créer les conditions adéquates au plein emploi dans une société fondée sur la connaissance”, et ainsi :

II. Développer l’esprit d’entreprise et la création d’emploi.

Faciliter la création et la gestion d’entreprises. Comment ?

“La création de nouvelles entreprises en général, et la contribution à la croissance des petites et moyennes entreprises (PME) en particulier, sont des facteurs essentiels pour la création d’emploi et d’opportunités de formation pour les jeunes. Ce processus doit être favorisé par le biais de l’encouragement à une plus grande conscience d’entreprise dans la société et dans les programmes d’enseignement, grâce à une réglementation claire, stable et fiable. Les conditions pour le développement des marchés de capitaux à haut risque et l’accès à ceux-ci doivent également être améliorés. Les États membres devront par ailleurs alléger et simplifier les charges administratives et fiscales qui pèsent sur les PME. Ces politiques devront renforcer la prévention du travail non déclaré.”

Pour résumer : avec mon projet, qui figure sur ce site Internet, j’offre une action, un accès au financement structurel et des résultats dès aujourd’hui. La Commission Européenne donne des conseils, établit des directives et invente des politiques. Pour répondre à M. Tony Blair, je dirai qu’effectivement “les gens espèrent que la Commission Européenne mette sur la table des propositions concrètes, et non seulement des déclarations d’intention”. Les propositions créent de l’emploi, les déclarations d’intention n’apaisent pas la faim.

En parlant des PME, je vais faire un peu d’histoire en détaillant une série de réglementations qui débouchèrent sur la constitution des PME en Espagne.

Par Arrêté du Ministère du Travail du 25 janvier 1980, il fut décidé de mettre en fonctionnement le XIXème Plan d’investissements ainsi que les règles générales pour son application. Objectif : la promotion, la protection et la relance de l’emploi. Les Sociétés ouvrières furent ainsi réglementées.

En 1984 je publiai le livre “La Troisième Voie”, avec des critiques raisonnées dudit Arrêté ministériel, en soulignant une série d’incohérences et le fait que ladite réglementation “peut promouvoir l’emploi mais n’est pas capable de créer un nouvel ordre économique et professionnel”. Malheureusement, aux dépens des travailleurs, le temps m’a donné raison.

Par opposition à l’arrêté ministériel susmentionné, je proposais l’“Accès des travailleurs à la propriété des entreprises” par le biais du Contrat de Société, que j’ai résumé dans les trois derniers éditoriaux de ce site Internet.

Par la loi sur les Sociétés anonymes à participation ouvrière du 25 avril 1986, les sociétés ouvrières sont juridiquement réglementées. J’ai qualifié cette loi de produit législatif, puisqu’elle prétend exécuter, selon les explications de l’exposé des motifs, la disposition visée à l’article 129.2 de la Constitution Espagnole. Cette loi a lancé les PME en Espagne.

En 1999, je publiai “La Troisième Voie, Défi à l’Union Européenne”, en insistant sur le Contrat de Société pour aspirer au plein emploi, avec un financement assuré.

J’insiste sur la distinction entre mon projet entièrement défini pour créer des postes de travail immédiats et aspirer au plein emploi, et ce que dans les hautes sphères de l’Union Européenne, on appelle avec emphase :

“Proposition de DÉCISION DU CONSEIL relative aux directives des politiques d’emploi des États membres pour l’année 2002”

Des conclusions de la Présidence - Barcelone, je copie textuellement :

Une stratégie pour l’emploi renforcée

30. La Stratégie pour l’emploi de Luxemburg a fait ses preuves. Lors de son réexamen à mi-parcours en 2002, il convient de mettre à profit ses résultats et d’y intégrer les objectifs fixés à Lisbonne. À cet égard, la stratégie doit :

- être simplifiée, notamment par un nombre de lignes directrices réduit, tout en préservant leur efficacité ;
- se dérouler selon un calendrier qui tienne compte de la date butoir de 2010 fixée à Lisbonne, y compris une évaluation à mi-parcours en 2006 des progrès réalisés par rapport aux objectifs intermédiaires définis par les Conseils européens ultérieurs ;
- renforcer le rôle et la responsabilité des partenaires sociaux dans la mise en œuvre et le suivi des lignes directrices, etc. etc.

Il serait fortement utile que la Commission Européenne explique ce que sont les “objectifs horizontaux” et “La stratégie d’emploi renforcée” – et s’ils servent à alimenter – aux millions de chômeurs des États membres ainsi qu’aux autres millions de chômeurs accumulés par les 12 pays candidats à l’intégration, afin qu’ils restent tranquilles et silencieux car réconfortés.

Pendant ce temps, je continue à demander, perplexe, comment vont être créés les 20 millions de postes de travail pour 2010, avec de simples recommandations généralisées.

Je réaffirme le “Défi à la Commission Européenne” contenu dans mon livre (édition 1999), qui inclut un projet de développement économique concret, immédiat, dont celle-ci a connaissance du fait des livres et des lettres personnelles que je lui ai fait parvenir. Je répète ici le défi, publiquement et mondialement, au cas où les destinataires ne l’aient pas compris, l’aient oublié ou aient peur de se dévoiler tels qu’ils sont. S’ils ont égaré les livres, ils peuvent recourir à ce site Internet qui, comme je l’ai signalé, figure en espagnol, en français, en anglais et en allemand et explique ledit projet. Je joue franc jeu avec un défi public pour expliquer comment fonctionne le système financier autonome de génération de ressources pour lancer la nouvelle économie fondée sur le travail, SANS COÛTS NI ENDETTEMENTS, que je décris en détail et qui, LUI, A UN POTENTIEL POUR ATTEINDRE LE PLEIN EMPLOI À COURT TERME et la création massive de postes de travail de façon immédiate.
Si ce défi se transforme en fumée, faute d’interlocuteurs, nous parviendrons à une situation que je ne sais trop comment définir. Au minimum, cela signifiera un manque d’arguments pour affaiblir le projet de la Troisième Voie, de celle-ci, et non des autres.

Le 1er mai prochain, en hommage aux travailleurs, je publierai la deuxième partie de l’éditorial Défi à l’Union Européenne (2) avec les sujets suivants :

La Conférence de Monterrey pour financer le développement des pays pauvres.

La proposition de création d’un Fonds Européen de Développement, à échelle régionale, promu et composé par les 12 pays candidats, afin d’accélérer et de garantir leur incorporation à l’Union Européenne.

Francisco Montaner


Globaliser le logement à un coût nul