ÉDITORIAL DE L'AUTEUR 06/09/2002
L’ÉMANCIPATION DES SYNDICATS

Constitution du PARTI DES TRAVAILLEURS

L’heure est venue pour les syndicats de jouer un rôle de premier plan

Une analyse erronée ?

On affirme que la disparition du mur de Berlin, emblème de la séparation entre deux systèmes socio-économiques en lutte permanente, a signifié que le capitalisme s’imposait comme système général unique. La confrontation des idées est alors substituée par l’imposition de pratiques économiques dont la loi fondamentale est le libre marché. Les termes de droite et de gauche subsistent, afin de pouvoir continuer à les considérer comme les symboles représentatifs de deux groupes sociaux intégrés au libre-échange. Deux mots édulcorés comparés aux riches et aux pauvres, et, par extension, aux bénéficiaires du pouvoir politique ayant le contrôle des droits des gouvernés.

On affirme également que l’essor du capitalisme basé sur la nouvelle technologie a conduit à l’invention du concept sociologique de village global, lui donnant un sens de fraternité entre les peuples en vue de s’intégrer, d’échanger des connaissances et de prospérer. Une anesthésie calculée pour imposer comme un fait irréversible l’idée que la facilité des communications constitue le facteur qui permet aux bénéfices de la globalisation d’arriver aux endroit les plus retirés. On oublie d’expliquer que les résultats de la globalisation ne sont pas des bénéfices collectifs mais la rentabilité du capital, l’expansion des marchés et l’empire des multinationales, avec l’utilisation de la haute-technologie pour augmenter la production, diminuer le coût du travail humain et stimuler la consommation avec des offres sophistiquées.

On insiste sur le fait que la chute du communisme doive être considérée comme la disparition de l’unique interlocuteur qui maintenait la confrontation entre deux schémas socio-économiques traditionnels, et que son élimination a représenté la mort du discours fondé sur une doctrine économique, celle-ci ayant été balayée d’un coup. Les conséquences ? On assiste à la désintégration des leaderships politiques qui n’ont plus rien à offrir à la citoyenneté, laissant le champ libre à l’ascension politique des représentants du pouvoir économique le plus conservateur. Le secteur le moins favorisé de la population reste acéphale, du fait de la multitude de dirigeants qui se répartissaient l’influence sur les masses. Leur source d’inspiration s’étant épuisée, leur matière grise s’est figée et ils sont tout perdus car ils ne trouvent aucune proposition économique qui freine ce capitalisme vorace en tant que système unique. Ils font et refont des discours vides, le nombre de citoyens qui ne leur prêtent plus attention augmentant ainsi, fait d’ailleurs confirmé par les statistiques concernant les abstentions comptabilisées au cours des élections des pays démocratiques.

Si les dirigeants traditionnels disparaissent, d’autres surgissent avec impétuosité, assument le leadership et canalisent le mécontentement populaire vers des propositions au futur aléatoire, avec des fins différentes. Les uns, antiglobalisateurs, profitent de tous les forums, de toutes les conférences, de tous les événements politiques, économiques, sociaux ou de tout type pour convoquer et parvenir à des assistances massives, tantôt à caractère festif, tantôt avec des intentions violentes, et toujours pour réclamer un monde meilleur qui annule les différences entre personnes, pays ou continents. Ils revendiquent une existence digne. Ce sont des idéalistes sans programmes, sans projets ni cohésion qui leur permette d’avoir une force représentative afin d’imposer le dialogue et de convaincre.

Il existe d’autres groupes multinationaux plus subtils et potentiellement dangereux, qui préparent consciencieusement des stratégies ponctuelles en accord avec les degrés de sensibilité citoyenne. Ils constituent la fraction la plus dure du capitalisme. Fervents de la liberté et de la démocratie, mais aussi de la libre expression parce qu’ils dominent les médias et qu’à partir de ce potentiel et de la canalisation intéressée de la naïveté des électeurs, ils obtiennent des majorités suffisantes pour orienter la politique vers la satisfaction de leurs fins économiques. En Europe, nous pouvons constater que l’État providence social-démocrate a été attaqué de front par trois exigences : les “déréglementations”, qui permettent une liberté absolue des prix du marché ; la “flexibilisation”, qui équivaut à ne plus avoir de protection dans le cadre du travail ; les “privatisations”, avec l’argument fictif de défense du consommateur par l’encouragement de la compétitivité entre les entreprises afin d’obtenir une meilleure qualité et des prix plus bas. On masque la réalité qui existe derrière toute privatisation, c’est-à-dire la vente du patrimoine de l’État accumulé durant des générations et l’encaissement d’énormes sommes d’argent qui serviront à combler les trous budgétaires. Ils se vanteront d’être de bons administrateurs, tout en cachant que le patrimoine collectif de l’État s’est appauvri au bénéfice de puissants groupes économiques. Les petits épargnants, faute de ressources, ne peuvent obtenir que de faibles parts du succulent gâteau des privatisations. Il y a toujours dans l’air des soupçons, mais pas de traces qui les justifient.

Ces groupes occupent déjà une place décisive dans cinq pays de l’UE, auxquels l’Espagne pourrait s’incorporer si le Gouvernement actuel termine sa métamorphose. La première étape du Parti Populaire, à la majorité relative, a été de présenter une façade de dialogue forcé, en freinant ses objectifs ataviques. La majorité absolue de la deuxième période lui a permis de montrer son autoritarisme traditionnel. Pour ne pas effrayer les électeurs, le Parti Populaire retient la libération de sa véritable essence, conditionnée par le renouvellement de sa majorité absolue. S’il y parvient, on connaîtra l’idiosyncrasie du PP, et les États qui, avec une politique conjointe ultra, pourraient freiner l’unité politique européenne, seraient alors au nombre de six.
La France a été sur le point de compromettre sa devise emblématique, liberté, égalité, fraternité.

Il existe un autre groupe, défini il y a des années par le Saint-Père Jean-Paul II durant sa visite à Barcelone. Il dit :

«D’un chômage prolongé naît l’insécurité, le manque d’initiative, la frustration, l’irresponsabilité, le manque de confiance en la société et en soi-même. C’est ainsi que s’atrophient les capacités de développement personnel, que se perd l’enthousiasme et l’amour du bien, que surgissent les crises familiales, les situations personnelles désespérées, et l’on arrive alors facilement – surtout les jeunes – à la drogue, l’alcoolisme et la criminalité.»

L’origine de toutes ces calamités est dans le manque de travail, qui laisse le corps inactif tandis que l’esprit travaille en recherchant une façon de tuer le temps. La combinaison d’un esprit actif, de l’oisiveté forcée et d’un manque de ressources pour couvrir les besoins fondamentaux constitue un cocktail explosif. Donnez-lui des postes de travail permanents et la société changera en bien. Ce but idéal peut être obtenu grâce à la globalisation du logement décrite sur ce site, point de départ du plein emploi.

UN NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE

Le capitalisme actuel est un cheval qui s’emballe, qui galope sans frein, sans obstacles devant lui, avec le champ libre pour piétiner dans tous les sens sans même tourner la tête. Aucun cavalier ne peut le dominer pour modérer sa course. Aucun d’entre eux n’a d’ailleurs de monture ni de moyens pour tenter de faire en sorte que la richesse créée à partir de la globalisation de l’économie parvienne, même sous forme de miettes, aux couches les plus pauvres de la société. Cependant, l’idée selon laquelle le capitalisme est devenu le seigneur et maître de l’organisation économique mondiale n’est pas complètement valide. Certes, le contrepoids constitué par le communisme a disparu. Il est également vrai que les partis sociaux-démocrates vieillis naviguent sans cap précis en raison de luttes internes dont la grande priorité est de conserver ou de parvenir à des positions personnelles de leader. Dans ce contexte, il est impossible de lancer un débat d’idées nouvelles, celles-ci étant inexistantes, ils se limitent à glaner des stratégies politiques qui ne mènent à rien car le discours est pure rhétorique sans importance. Il ne leur vient pas à l’esprit d’envisager de nouveaux horizons qui réveillent les espoirs de ce 35 pour cent d’électorat qui reste chez lui, tournant le dos à tant d’hommes politiques qui ne sont là que pour décorer, obnubilés par les enquêtes et par leur objectif de conserver leur poste. Triste spectacle de la défaite de l’imagination pour trouver une nouvelle approche de l’économie qui s’adapte aux principes néolibéraux et au plus pur capitalisme.

L’essor des partis ultras n’est pas survenu par hasard. Leurs discours endorment habilement l’esprit des votants en transformant des faits certains en conséquences incorrectes. Leur arme principale est d’encourager la xénophobie en réveillant les rancœurs et les rejets pour accumuler des votes, sans que leur importent les conséquences. Les véritables problèmes économiques et sociaux de la citoyenneté restent intactes.

Un nouveau modèle économique adapté au plus pur capitalisme et en réponse à l’avancée extrémiste et au populisme incontrôlé est-il possible ?

La réponse est affirmative, mais il faudra changer quelques modes de pensée jusqu’alors considérés comme inaltérables.

Comme condition préalable, il est nécessaire d’abandonner les concepts de droite, de gauche et de centre équidistants. La droite et la gauche sont deux termes diamétralement opposés et irréconciliables car ils s’identifient à des personnes. Je les interprète comme deux parties intégrantes du corps social, sans existence physique intrinsèque, qui peuvent se compléter et collaborer de façon étroite sans problèmes ni incompatibilités si elles disposent des dispositifs appropriés.

Objectivement, ce sont deux pôles permanents et inséparables de la production de biens, avec un nom propre, c’est-à-dire le capital et le travail, qui ne peuvent exister individuellement. De cette façon, sans attributs subjectifs, avec une interdépendance totale, nous pouvons envisager l’intégration de ces deux moteurs du système économico-social dans une nouvelle forme d’activité conjointe pour le XXIème siècle, et dont émane l’égalité des droits et des obligations pour le capital et pour le travail. Cela serait le nouveau modèle économique intégré au capitalisme.

Pourquoi l’union du capital et du travail comme forme de développement économique pour le XXIème siècle ? La réponse est évidente : le travail ne peut exister sans capital et le capital sans travail ne sert à rien. Par conséquent, on ne peut parler de justice sociale lorsque, les deux collaborant, le travail est subordonné au capital et celui-ci en gagne les profits. Il n’est pas non plus logique de maintenir un état de conflit permanent qui freine le développement alors qu’il est possible de travailler unis avec une participation égale aux bénéfices.

Il me faut expliquer en détail le processus de cette union car l’approche semble suggérer que le travail garderait simplement la moitié des bénéfices obtenus par les investissements du capital. Une telle conclusion est un peu trop rapide.

L’union, et non collaboration, consiste à remplacer le Contrat de travail, où l’employeur ne paye qu’un salaire et se charge des prestations sociales conformément à la loi en vigueur, par le Contrat de société, par le biais duquel le travail reçoit les mêmes rémunérations, plus cinquante pour cent des bénéfices de la société car au préalable, conjointement, il a réalisé des apports en numéraire égaux à ceux réalisés par le capital. Ainsi, il est juste que le travail s’attribue 50 pour cent des résultats de la société outre les salaires qui lui reviennent.

Les fondements, la structure, les différentes combinaisons d’association capital-travail sont expliqués de façon détaillée dans les trois éditoriaux qui, sous le titre CONTRAT DE SOCIÉTÉ, figurent sur ce site. Je renvoie le lecteur à ces textes.

De la publication nº 149 du “Grain de Sable” en date du 24/07/02, sponsorisé par ATTAC, je transcris un fragment de l’article de Dominique Plihon, économiste, professeur à l’Université de Paris Nord et Président du Conseil Scientifique d’ATTAC - France, intitulé

“ENRON -. WORLDCOM - VU et les autres... ou la crise du nouveau capitalisme”

“Deux voies de réforme sont primordiales. Il faut d’abord aller vers une autre conception de l’entreprise qui doit être définie, non comme un “ objet ” appartenant à ses actionnaires, mais comme une “ communauté d’intérêts ” dont la finalité n’est pas de faire des profits, mais de créer des emplois et de la richesse. Il faut donc en finir avec une conception de la gestion, toute entière tournée vers “ la création de valeur pour l’actionnaire ”. Cela implique une refonte du cadre juridique actuel pour reconnaître les droits de toutes les parties prenantes de l’entreprise, au premier rang desquels les salariés. Ceux-ci, qui constituent la source de valeur fondamentale dans l’économie actuelle fondée sur les connaissances, doivent se voir reconnaître de nouveaux droits qui limitent ceux liés à la propriété du capital et redonnent au code du travail un pouvoir contraignant sur les stratégies des actionnaires.”

Je considère que cet article est extrêmement important car, sans pourtant avoir de liens avec l’auteur, nous sommes d’accord sur la nécessité qu’il y a à reconnaître au travail des droits qui, aujourd’hui, sont monopolisés par le capital. Je suis convaincu que le Contrat de société que je décris répond à toutes les exigences que le professeur Plihon rapporte avec urgence, bien que sans concrétiser la forme ni les moyens d’y parvenir.

Lorsque j’affirme qu’au XXIème siècle le Contrat de société s’imposera devant l’actuel Contrat de travail, ce n’est pas une utopie, et cela ne constituera aucun traumatisme pour le capital ni pour le travail. Il s’agit d’une nouvelle modalité de travail au sein de l’économie capitaliste, représentée par exemple par les multinationales, les franchises ou la globalisation elle-même, à la différence près que dans ces trois formes, le capital absorbe la totalité des plus-values tandis qu’il ne reste au travail que l’augmentation du chômage. Dans le Contrat de société, le capital reçoit des bénéfices proportionnels à son investissement et le travail perçoit également la même somme en sa qualité d’associé investisseur, indépendamment de son caractère de salarié.

Parmi les autres conséquences de l’union du capital et du travail figureront la disparition des conflits en matière de droit du travail, l’augmentation de la productivité et une administration plus transparente dans les entreprises.

Je renvoie le lecteur au contenu de ce site, où je présente le programme de globalisation du logement comme point de départ pour accumuler d’importantes ressources économiques dont seulement une partie suffira à financer les apports en faveur du travail, justifiant ainsi l’exigence de parité des droits avec le capital.


Contrat de société. Crise du leadership

Qui doit gérer ce nouveau modèle de production économique adapté à la plus pure nature capitaliste ?
Catégoriquement, ce ne peuvent être les partis politiques car, du fait de leurs caractéristiques propres et d’incompatibilités personnelles, ils dénatureraient le système avant de consolider son fonctionnement.

L’incapacité des leaderships politiques à suggérer de nouveaux projets économiques est à l’origine de la méfiance des électeurs. Ils ne font qu’offrir des projets d’administration de ressources orientées vers des services, comme l’amélioration de la qualité dans la sécurité citoyenne, l’institution d’une police de quartier et de juges de proximité ou la création de centres d’adaptation pour immigrés, sans oublier l’élection directe de maires ou autres idées semblables. Aucune initiative pour encourager l’emploi, fournir des logements aux jeunes afin de faciliter la formation rapide de nouvelles familles ou éviter la frustration des universitaires fraîchement diplômés inscrits au chômage, obligés d’accepter n’importe quel emploi. Comment peut-on confier à des politiques de cet acabit le développement et l’exécution du Contrat de société destiné à être l’axe de la relation professionnelle au XXIème siècle ?

Si nous nous en tenons aux mouvements antiglobalisation, toutes les initiatives contiennent des demandes destinées à couvrir les besoins. Aucune approche pour améliorer l’économie productive. Comme ressources de financement, ils réclament une taxe sur les transactions monétaires. Aucun projet pour générer du travail et consolider le cycle production – consommation – épargne. De bonne foi, pleins d’espoir, ils exigent un monde meilleur car c’est possible, mais les résultats obtenus ne compensent pas les énergies utilisées et par cette voie, on obtiendra bien peu de choses.

Il y a aussi les prédicateurs de la démocratie participative, véritables charlatans de la politique. Leur discours populiste réveille les attentes, mais s’ils parviennent à s’élever jusqu’au pouvoir, ils se convertissent en tyrans. Ce ne sont pas les exemples qui manquent.


Les syndicats, promoteurs de droit du Contrat de société

Le Contrat de société doit être promu directement par le travail, sans intermédiaires, car il n’en a pas besoin.

À l’ombre des revendications ouvrières, à caractère professionnel strict, sont nés les regroupements politiques. Vu de cette façon, on peut établir un schéma simple de l’évolution des relations entre syndicats et partis politiques :

1. Une première période où la classe ouvrière, à l’époque industrielle, lutte contre les machines car les considère comme destructrices de postes de travail. Sans autre soutien que celle de sa volonté de protestation contre les conditions iniques auxquelles elle est soumise, ses luttes se limitent à la journée de travail, aux salaires, aux conditions de travail des femmes et des enfants, et guère plus. Toutes les formes d’association sont alors interdites et punies.

2. Regroupement de volontés, d’où surgissent les internationales communistes qui s’inspirent de la doctrine de table rase et de construction d’une nouvelle société. Dans cette doctrine, le travail voit des promesses à long terme et ses besoins immédiats restent les mêmes.

3. En Espagne sont fondés : en 1879 le Parti socialiste ouvrier espagnol ; en 1888 l’Union Générale des Travailleurs (UGT), d’inspiration socialiste, et en 1910 la Confédération Nationale du Travail (CNT), d’inspiration anarchiste.

4. On peut ainsi constater la séquence suivante : a) Le travail agit en solitaire face au pouvoir du capital. b) Il n’existe pas de partis politiques. Lorsque ceux-ci sont créés, ils absorbent la direction du mouvement ouvrier et se convertissent en ses porte-parole, avec la vocation d’obtenir une représentation des partis dans les différentes institutions étatiques. Ils s’appuient sur la masse syndicale pour obtenir des voix. Ainsi, les syndicats se convertissent en satellites des partis. c) Les syndicats s’émancipent, retrouvent leur indépendance. Indubitablement, les affinités subsistent, mais les organes de direction sont autonomes.

Les syndicats retrouvent leur autonomie mais sans avoir de capacité directe pour intervenir dans la politique étatique. Il ne leur reste que le droit de grève comme moyen de pression, strictement réglementé, avec un caractère effectif limité et toujours à la remorque de la législation approuvée par les gouvernements de service. Ainsi, nous nous trouvons dans une situation où le travail – l’un des moteurs de l’économie, l’autre étant le capital – n’a pas vraiment voix au chapitre dans les institutions qui édictent les lois en matière de droit du travail. Les demandes syndicales sont à la remorque de la volonté des partis politiques, dont les stratégies sont établies en fonction de leur résultat électoral, en nombre de voix.

Comme nécessité immédiate, s’il est vrai que les syndicats veulent que les travailleurs s’élèvent à la catégorie de chefs d’entreprise par le biais du Contrat de société, ils doivent ajouter à leur indépendance le pouvoir de délibérer directement dans les institutions qui promeuvent et approuvent les lois, en récupérant l’autonomie de pouvoir étudier, défendre et approuver des dispositions générales en faveur du travail et de la citoyenneté. De cette façon, les syndicats répondent à la prépotence de l’auteur de la phrase selon laquelle ce ne sont pas les grèves mais les urnes qui confèrent la légitimité. Avec ce principe démocratique, les syndicats doivent matérialiser leur force de convocation dans la rue en voix aux urnes, voix nominatives, propres et intransférables qui légitiment leur représentation parlementaire directe non seulement pour se faire entendre mais aussi pour lancer, en fonction du Gouvernement, le Contrat de société si les électeurs les soutiennent.


Une nouvelles politique du syndicat futur
Les syndicats doivent se moderniser

À ce point de mon exposé, il convient de méditer sur ce que j’écris ci-dessous.

Le syndicat est le regroupement de travailleurs qui forment une unité d’intérêts face à la partie propriétaire des moyens de production. Ainsi, le syndicat est l’organisme qui a la tutelle de tous les droits en matière de travail. Si le syndicat n’avait pas de connotations politiques, nous accepterions la possibilité de dirigeants syndicaux politiquement neutres, sans aucune préférence pour une société organisée selon des modules déterminés, se préoccupant exclusivement des problèmes découlant du travail dans sa relation avec le capital. Mais le syndicaliste ne peut vivre dans un état d’indifférence politique car l’environnement dans lequel il vit est politique par excellence et, qu’il le veuille ou non, il est plongé dans cet environnement. Le binôme syndicat – parti politique a cessé d’exister. Leurs objectifs sont différents, mais si nous nous en tenons à la réalité, il continue à exister, sans que l’un soit l’instrument de l’autre, avec une certaine interaction entre les deux, bien que ce soit toujours l’activité syndicale qui soit subordonnée à l’activité politique, non dans une attitude de dépendance mais comme le résultat des attributions limitées du syndicat. La raison en est simple : la direction de l’État est entre les mains des partis politiques par le biais des pouvoirs législatif et exécutif. Les syndicats peuvent donner leur opinion, négocier, et même avoir une influence, mais la possibilité de proposer ou d’adopter des lois ne fait pas partie de leurs compétences.

Si nous analysons le facteur humain de ces deux institutions – les syndicats et les partis politiques – nous constatons que le syndicat est une organisation de travailleurs à la pensée hétérogène, unis par une même nécessité de travail et des aspirations communes visant à atteindre un niveau de vie élevé. Il est par conséquent évident que le syndicat se composera d’une communauté d’intérêts quantitativement bien supérieure aux adhérents que pourrait avoir un parti politique. Au contraire, ce seront les partis politiques ayant un nombre de membres moindre qui auront la mission de régir la politique de la nation, y compris en matière d’économie et de travail. Au cours des élections, la masse syndicale disparaît et est répartie entre les partis politiques pour élire les représentants nationaux et locaux. Si les syndicats ont un projet en tête, ils devront le proposer au parti le plus proche d’eux. Si celui-ci n’a pas de majorité parlementaire, il devra négocier l’approbation incertaine du projet. En définitive, les syndicats sont subordonnés aux décisions politiques, qu’elles leur plaisent ou non, étant donné la situation absurde où, puisqu’ils n’utilisent par directement leur force électorale, bien supérieure à celle des partis, ils devront toujours accepter les résultats des urnes, sans avoir la garantie que l’association de forces résultante ne favorise pas la consolidation au pouvoir des organisations ultras.


Les syndicats comme partis politiques

La situation changerait si les syndicats administraient politiquement leur force de convocation en présentant un projet réalisable ayant des résultats immédiats, à court et à moyen terme. La conséquence serait la fin de la dépendance traditionnelle envers les partis politiques. Pour que ce changement soit possible, il suffit de réunir trois conditions. La première est qu’il existe la conviction que le Contrat de société, en remplacement progressif du Contrat de travail, élève les travailleurs au rang de chefs d’entreprise. La deuxième consiste à avoir conscience que le mouvement syndical n’est pas unique mais que la classe travailleuse l’est et a des besoins et des désirs identiques. Par conséquent, le critère d’unité s’impose car il n’y a pas de stratégies à discuter mais un nouveau projet professionnel à exécuter. La troisième condition est que les syndicats unifiés, étant donné que la classe travailleuse est une, adaptent leur tutelle aux travailleurs en se transformant en un parti politique du travail, se rendant aux élections avec un programme social unique, qui comprenne essentiellement deux propositions : le Contrat de société pour que les travailleurs accèdent à la propriété partagée des moyens de production et un projet de construction illimitée de logements à payer sur 30 ans avec une série d’avantages sociaux ajoutés. Projet en accord avec la globalisation du travail, allié au plus pur capitalisme et sous la bannière de l’union du capital et du travail. Ainsi, les syndicats unifiés auraient le soutien de tous les travailleurs, indépendamment de leur identification avec l’idéologie d’une organisation particulière. Ils éveilleraient également l’intérêt de ces 35 pour cent d’électeurs qui renoncent à leur droit de vote, excédés d’entendre les dénigrements mutuels et les promesses électorales abstraites et absurdes, qui mettent en évidence le fait que les prétendants aux élections ne lésinent pas sur les moyens pour arriver à leurs fins. En outre, cela constituerait une réponse de poids et inattendue au titre paru dans la presse le 27 juillet 2002, que je restitue littéralement :

“Rato menace les syndicats d’adopter la réforme de la négociation collective. Les Commissions Ouvrières et l’UGT avertissent le Gouvernement qu’ils répondront avec une nouvelle grève générale”

D’où ma question : une grève générale, pourquoi ? Les Gouvernements prépotents et protégés par leurs majorités parlementaires absolues ou coalitions stables, sont imperméables. Ils n’acceptent le droit de grève que comme une purge. Si, au lieu d’une grève générale, les syndicats élargissaient leurs domaines d’activité et intervenaient tout à coup ouvertement dans la politique nationale en constituant le Parti des travailleurs, il est possible que la purge de la prépotence fasse ses effets. Un parti politique intégré au Gouvernement, responsable des domaines du travail et de la prévision sociale, de l’exécution et du contrôle du Contrat de société, mais aussi, aux côtés des représentants du capital, de l’exécution du projet de construction illimitée de logements autofinancés et de tout le système de génération de ressources décrit sur ce site, suffisantes pour financer la nouvelle organisation du travail, la création d’entreprises avec une participation de 50 pour cent en faveur du travail et la promotion de l’emploi immédiat grâce à la construction de logements et d’infrastructures de toute sorte.

Les fonctions restantes de Gouvernement ne connaîtraient aucun changement, suivant les canons ordinaires de l’organisation, de l’administration et de la défense de l’État.

Naturellement, il faut s’attendre à ce qu’une proposition de cette nature orientée vers le progrès du bien-être social soulève des protestations et soit dénigrée par ceux dont la politique est la profession et le moyen de vivre.
Aucune critique ne sera raisonnée.

Si les syndicats ne prennent pas l’initiative de se convertir en parti politique pour développer le Contrat de société, il ne faut pas espérer que les organisations existantes le fassent, en raison de l’impossibilité d’arriver à des accords du fait de l’opposition des intérêts partisans. Ce serait une occasion perdue mais aussi une note négative dans la longue histoire de la lutte syndicale. Mais, avec certitude, il ne s’agirait que d’un ajournement car, de façon inexorable, les relations capital – travail doivent être revues pour être adaptées aux exigences économiques et sociales de ce siècle et que, pour l’instant, il n’existe qu’un seul projet solide, appelé CONTRAT DE SOCIÉTÉ.

Les professionnels de la politique considèrent les problèmes du travail à travers un prisme théorique car le chômage ne les touche pas. Ils disposent d’amples relations et de connexions productives qui leur permettent même d’offrir du travail à leurs dociles coreligionnaires. Dans les syndicats, il existe la solidarité humaine. Dans les partis politiques, la solidarité se fait rare, sachant que l’on joue des coudes en cachette et que dominent les intrigues éhontées pour arriver aux premières places du pouvoir. On me dira qu’il en a toujours été ainsi. Certes. C’est pour cette raison que j’affirme qu’au XXIème siècle, les syndicats ont l’opportunité de faire en sorte que la combinaison productive capital – travail transforme la société et la fasse avancer vers des horizons de solidarité humaine, effective et affective.

Les syndicats doivent accepter la responsabilité historique de légiférer par eux-mêmes s’ils veulent que leurs racines solidaires, plantées au XIXème siècle et raison d’être de leur existence, ne perdent pas de leur force en acceptant d’être subordonnées aux décisions politiques des organisations non ouvrières. Une telle attitude équivaudrait à renoncer à la libération économique des travailleurs, obtenue sans traumatismes et avec l’illusion qu’enfin il existe une entente et une union solide entre le capital et le travail, permettant véritablement l’accès des travailleurs à la propriété des moyens de production.

Il faut tenir tête à l’arrogance des dirigeants politiques, leur retirer leur rôle héréditaire et leur démontrer que c’est avec du travail et non des intrigues que l’on fait un pays et que l’on créé un bien-être collectif. Sur ce site, il existe tout le matériel nécessaire pour y parvenir.

Francisco Montaner


Globaliser le logement à un coût nul